{"id":258,"date":"2015-05-26T15:00:10","date_gmt":"2015-05-26T19:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/benoitlheureux.quebec\/?p=258"},"modified":"2015-05-26T15:00:10","modified_gmt":"2015-05-26T19:00:10","slug":"la-maladie-est-un-long-tunnel-turbulent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.lheureuxbenoit.com\/?p=258","title":{"rendered":"La maladie est un long tunnel turbulent"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai des probl\u00e8mes de c\u0153ur. Au sens propre et au sens figur\u00e9. Au sens propre parce que je suis cardiaque. Je ne suis pas s\u00fbr de la signification de cet \u00e9tat.<\/p>\n<p>J\u2019ai re\u00e7u des prescriptions. Dont deux pilules o\u00f9 c\u2019est indiqu\u00e9 \u00e0 vie! Un h\u00e9b\u00e9tement s\u2019est empar\u00e9 de mon visage. Cinq le matin. Trois le soir. J\u2019ai d\u2019abord achet\u00e9 un pilulier sept cases, une par jour. Je devais d\u00e9m\u00ealer celles du matin de celles du soir. Trop m\u00ealant. J\u2019en ai achet\u00e9 un autre avec deux cases par jour&nbsp;: matin et soir. Une fois par semaine, je fais le plein de ces quatorze cases. Aussi, une bouteille de nitroglyc\u00e9rine tra\u00eene dans une poche de mon pantalon. J\u2019ai compris l\u2019impact r\u00e9el et permanent de ma condition.<\/p>\n<p>Au sens figur\u00e9 parce que je suis de nouveau seul. Je ne suis plus en couple. Je suis c\u00e9libataire et je ne cours plus. Mais surtout, je prends conscience de la puissance de l\u2019amour qui existe entre les \u00eatres humains.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lheureuxbenoit.com\/la-maladie-est-un-long-tunnel-turbulent\/coeuranime\/#main\" rel=\"attachment wp-att-267\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-267 aligncenter\" src=\"http:\/\/lheureuxbenoit.com\/wp-content\/uploads\/CoeurAnime.gif\" alt=\"Coeurs\" width=\"205\" height=\"217\"\/><\/a><\/p>\n<p>Avant la coronarographie, j\u2019ai lu deux documents recommand\u00e9s \u00e0 lire au futur op\u00e9r\u00e9, un publi\u00e9 par l\u2019ICM et l\u2019autre par l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Ottawa. J\u2019avais retenu qu\u2019\u00e0 la suite de la pose de stents <span style=\"color: #ffcc99;\"><em>(Les stents sont de petits ressorts en m\u00e9tal, plac\u00e9s dans les art\u00e8res pour \u00e9viter qu&rsquo;elles ne se bouchent.)<\/em><\/span>, le patient retourne au travail et \u00e0 ses activit\u00e9s physiques normales dans les deux semaines suivant l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Suivant cette r\u00e8gle, quelques jours apr\u00e8s mon op\u00e9ration, je me suis inscrit au centre EPIC, li\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut de Cardiologie de Montr\u00e9al. \u00c0 tous les mardis et jeudis matin, je m\u2019entra\u00eenais au centre sportif.<\/p>\n<p>Il y avait toujours au moins deux kin\u00e9siologues pr\u00e9sentes pour nous surveiller. Pour s&rsquo;assurer que le membre s&rsquo;entra\u00eene assez ou pour l&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;aller trop vite. C&rsquo;\u00e9tait mon cas. J&rsquo;avais eu un test \u00e0 l&rsquo;effort avec un r\u00e9sultat de 14,2 Mets. J&rsquo;\u00e9tais en excellente forme pour mon groupe d&rsquo;\u00e2ge. On m&rsquo;a donc mis la c\u00f4te haute et \u00e0 pic. Tout se passait bien. Chaque semaine, je voyais une am\u00e9lioration.<\/p>\n<p>Quatre semaines apr\u00e8s le d\u00e9but des entra\u00eenements, un matin au centre EPIC, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 p\u00e9daler. Quelques minutes plus tard, je soufflais. Je souffrais. Je toussais aussi. Val\u00e9rie m&rsquo;a entendu et est venue me voir. Elle m&rsquo;a dit de ralentir. Ce que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 fait. Je n&rsquo;y arrivais plus de toute fa\u00e7on. Le v\u00e9lo a dur\u00e9 quinze minutes au lieu du trente habituel, entrecoup\u00e9 d\u2019arr\u00eats complets.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie de l&rsquo;entra\u00eenement se faisait au sol. Cette journ\u00e9e, les exercices se faisaient avec deux poids. J\u2019avais choisi les plus l\u00e9gers. En marchant parmi les tapis de mes amis cardiaques, j&rsquo;ai eu mal. J&rsquo;\u00e9tais essouffl\u00e9 juste \u00e0 marcher. Je voulais d\u00e9poser mes petits poids devenus trop lourds. Rendu sur mon tapis, je ne pouvais plus suivre les exercices dict\u00e9s par l&rsquo;autre kin\u00e9siologue.<\/p>\n<p>Val\u00e9rie est venue me voir. Elle m&rsquo;a demand\u00e9 de tout laisser tomber et de la suivre. L\u00e0, \u00e7a n&rsquo;allait plus. Un voile noir s&rsquo;est d\u00e9pos\u00e9 sur moi. &nbsp;Je me sentais comme un enfant perdu dans la noirceur de la nuit. J&rsquo;avais les yeux mouill\u00e9s de tristesse.<\/p>\n<p>Je me suis retrouv\u00e9 \u00e9tendu sur un lit d&rsquo;une salle adjacente au gymnase. On m&rsquo;a fait un \u00e9lectrocardiogramme. Le centi\u00e8me du mois. Rien d&rsquo;anormal, comme \u00e0 l&rsquo;habitude.&nbsp;Mais je savais que ce n&rsquo;\u00e9tait pas normal.<\/p>\n<p>Je devais aller \u00e0 l&rsquo;urgence de l&rsquo;ICM qui se trouvait \u00e0 un coin de rue. Ils m&rsquo;ont offert une ambulance parce que j&rsquo;avais de la difficult\u00e9 \u00e0 marcher. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un taxi m\u00eame si ma voiture \u00e9tait stationn\u00e9e tout pr\u00e8s. Je me suis senti seul dans le vestiaire des hommes au sous-sol. La noirceur s\u2019est \u00e9paissie.<\/p>\n<p>Aucune personne significative \u00e0 qui parler. Aucune \u00e9paule sur laquelle m&rsquo;appuyer. Pourtant mes enfants n&rsquo;\u00e9taient pas tr\u00e8s loin. Mais pouvais-je leur demander encore de vivre les turbulences de la maladie? Je me sentais d\u00e9sempar\u00e9. Impuissant et incapable d&rsquo;\u00eatre autonome.&nbsp;Il faisait sombre comme dans un long tunnel.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 l&rsquo;urgence, ils ne pouvaient me laisser repartir \u00e0 la maison. Ils m&rsquo;ont hospitalis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 coronarienne. Sous observation. Ils ne savaient pas trop quoi me dire. Tout ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 faire \u00e9tait de retourner voir l&rsquo;int\u00e9rieur de mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais entendu dire qu&rsquo;il y a \u00e0 peine quelques ann\u00e9es, une personne sur quatre retournait sur la table d\u2019op\u00e9ration en h\u00e9modynamie. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t un sur vingt. J&rsquo;\u00e9tais le un sur vingt.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai aussi lu que certains op\u00e9r\u00e9s avaient des douleurs durant les six premiers mois suivant la pose de stents tout comme j&rsquo;avais. J&rsquo;\u00e9vite de lire sur les blogues, mais c&rsquo;est parfois plus fort que moi.&nbsp;\u00c0 la suite de la crise le lendemain de la premi\u00e8re op\u00e9ration, un cardiologue pensait que j\u2019avais eu un infarctus. Ce qui \u00e9tait infirm\u00e9 par un autre m\u00e9decin. Le doute persistait et augmentait mes questionnements.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Co\u00efncidence, je me suis retrouv\u00e9 dans la m\u00eame chambre et le m\u00eame lit que lors de ma premi\u00e8re visite dans ce \u00ab&nbsp;tout inclus&nbsp;\u00bb. En attente de la deuxi\u00e8me coronarographie.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais une voisine de chambre, en attente d&rsquo;une op\u00e9ration plus importante, un pontage. Son mari \u00e9tait l\u00e0 et l&rsquo;accompagnait. Nous avons parl\u00e9 d\u2019histoires de c\u0153ur. \u00c7a cr\u00e9e des liens.<\/p>\n<p>Le cardiologue \u00e9tait pass\u00e9 lui parler avant l&rsquo;heure du repas. Son op\u00e9ration \u00e9tait encore une fois remise d&rsquo;une journ\u00e9e. Pas parce qu&rsquo;elle \u00e9tait moins importante, mais cela d\u00e9pendait des priorit\u00e9s et de l&rsquo;urgence de chacun.<\/p>\n<p>Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e&nbsp;\u00e0 22h15. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. J&rsquo;ai tout entendu. La mort n&rsquo;est pas ce que l&rsquo;on croit. La dame n&rsquo;\u00e9tait pas bonne actrice. Le lendemain matin, il n&rsquo;y avait plus de lit, ni de voisine. La noirceur du tunnel s&rsquo;est assombrie un peu plus.<\/p>\n<p>Barbara, ma chirurgienne cardiologue \u00e9tait suisse allemande. Pas du tout un accent slave mais bien germanique. Elle \u00e9tait plus belle que dans mes souvenirs. J&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 la recevoir dans mes entrailles. Cette fois-ci, elle est entr\u00e9e en bas de la ceinture, par l&rsquo;aine. C&rsquo;est juste quelques jours de plus pour se remettre debout que si c&rsquo;\u00e9tait par le poignet. L&rsquo;op\u00e9ration s&rsquo;est bien d\u00e9roul\u00e9e. Et tr\u00e8s rapidement, j&rsquo;\u00e9tais de retour dans ma chambre maintenant priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Heureusement, mon c\u0153ur \u00e9tait en parfait \u00e9tat. La premi\u00e8re op\u00e9ration \u00e9tait un succ\u00e8s. (Voir l\u2019article \u00ab <a href=\"http:\/\/www.lactualite.com\/blogues\/le-blogue-sante-et-science\/je-suis-un-bon-acteur\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Je suis un bon acteur<\/a> \u00bb.)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lheureuxbenoit.com\/la-maladie-est-un-long-tunnel-turbulent\/arterestents2\/#main\" rel=\"attachment wp-att-287\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-287 aligncenter\" src=\"http:\/\/lheureuxbenoit.com\/wp-content\/uploads\/ArtereStents2.jpg\" alt=\"Art\u00e8res d\u00e9bloqu\u00e9es.\" width=\"713\" height=\"619\"\/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Toutes mes art\u00e8res sont d\u00e9bloqu\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais content de savoir que les 14 cm de stents faisaient leur travail. Mais mes malaises \u00e9taient toujours l\u00e0. J&rsquo;avais une petite douleur r\u00e9siduelle dans la poitrine. Ma gorge br\u00fblait. On m&rsquo;a donn\u00e9 cong\u00e9. Le cardiologue de service a relev\u00e9 des traces d\u2019un infarctus, sans savoir quand ce serait arriv\u00e9. J\u2019avais \u00e0 prendre une pilule suppl\u00e9mentaire \u00e0 chaque matin. Sans trop comprendre o\u00f9 j\u2019\u00e9tais rendu dans la maladie et ce qui m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait le brouillard opaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Les semaines qui ont suivi \u00e9taient \u00e9tranges. Je me suis mis au repos complet. Un matin, je suis parti chercher du lait au d\u00e9panneur du coin. \u00c0 pied. J&rsquo;avais s\u00e9par\u00e9 les litres dans deux sacs pour \u00e9quilibrer le poids \u00e9galement dans chaque main. \u00c0 mi-chemin, j&rsquo;ai d\u00e9pos\u00e9 un des sacs sur le trottoir \u00e0 cause de la douleur.&nbsp;Le ciel \u00e9tait nuageux. Le vent \u00e9tait froid.<\/p>\n<p>Un peu apr\u00e8s, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus parler de ma condition. De mes douleurs. J&rsquo;ai juste d\u00e9cid\u00e9 de ne rien faire de physique. Pas facile. C&rsquo;est contraire \u00e0 mes habitudes. C&rsquo;est sans doute la vraie signification de tout changer dans sa vie lorsqu&rsquo;on a des probl\u00e8mes de c\u0153ur.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de ne plus r\u00e9pondre si on me demandait comment j&rsquo;allais. \u00ab Comment vas-tu, Beno\u00eet? \u00bb Je vais bien. Je vais mal. Pensais-je. J&rsquo;ai coup\u00e9 les ponts. Le tunnel est devenu froid o\u00f9 r\u00e9gnait une atmosph\u00e8re de solitude.<\/p>\n<p>Un jour est arriv\u00e9 o\u00f9 j&rsquo;avais ma rencontre avec mon cardiologue que je n&rsquo;avais pas vu depuis ma premi\u00e8re op\u00e9ration. Celui qui avait trouv\u00e9 la petite anomalie dans la vid\u00e9o de mon c\u0153ur. La rencontre \u00e9tait vide. J&rsquo;\u00e9tais incapable de d\u00e9crire ma condition, mes sympt\u00f4mes. Incapable d&rsquo;exprimer que je n&rsquo;allais pas bien. Il m&rsquo;a prescrit de cesser un m\u00e9dicament b\u00eatabloquant. J&rsquo;\u00e9tais content de cela. Il m&rsquo;a infirm\u00e9 la possibilit\u00e9 que j&rsquo;aie subi un infarctus. Mais j&rsquo;\u00e9tais toujours dans le noir. Et seul sans savoir ce qu&rsquo;il adviendrait de ma condition plut\u00f4t handicap\u00e9e.<\/p>\n<p>Je devais \u00eatre patient. Et non pas un patient impatient. La nuit suivant cette rencontre, j&rsquo;ai fait de la fi\u00e8vre. Pr\u00e8s de 40 \u00b0C. Le lendemain aussi. Et encore le surlendemain. J&rsquo;ai vu d&rsquo;urgence un m\u00e9decin dans une clinique priv\u00e9e. Il m&rsquo;a dit que j&rsquo;avais une pneumonie. Il n&rsquo;y avait plus aucune lumi\u00e8re \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du tunnel.&nbsp;C\u2019\u00e9tait la noirceur totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Il \u00e9tait une heure du matin, je faisais toujours de la fi\u00e8vre. 39,8 \u00b0C. J&rsquo;ai d\u00e9lir\u00e9.<\/p>\n<p><em>Invitation \u00e0 mes fun\u00e9railles<\/em><\/p>\n<p><em>Finalement, je suis mort. Je ne me souviens pas comment. Est-ce par un infarctus? Est-ce une complication de la pneumonie? Est-ce un suicide? Ou est-ce simplement un accident b\u00eate de la route, trop lent \u00e0 traverser le boulevard Pie-IX \u00e0 l&rsquo;heure de pointe?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00c7a n&rsquo;a pas vraiment d&rsquo;importance \u00e0 ce moment pr\u00e9cis. Je suis dans une bo\u00eete qu&rsquo;on appelle cercueil. Hum, \u00e7a me donne froid dans le dos. Mais non, je ne sens plus rien. Mon corps est \u00e0 une temp\u00e9rature, je suppose de 20 <\/em>\u00b0<em>C. Mais c&rsquo;est th\u00e9orique. Disons que je devrais \u00eatre \u00e0 la temp\u00e9rature de la pi\u00e8ce, bien chambr\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>Le cercueil se trouve dans une grande salle. Il n\u2019y a pas trop de gens. Je sens le monde autour de moi. Je reconnais ma famille. Mes amies. Mes amis. Mes ex. Mes aventures. Des connaissances. Et des inconnus. Je n&rsquo;ai jamais compris pourquoi va-t-on \u00e0 l&rsquo;enterrement d&rsquo;un inconnu.&nbsp;<\/em><\/p>\n<p><em>Je me demande pourquoi je suis l\u00e0 \u00e0 raconter tout \u00e7a. Il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse. C&rsquo;est juste ainsi.<\/em><\/p>\n<p><em>Je me rappelle mes relations. Il y a tout ce monde tout pr\u00e8s. Je peux ressentir tout l&rsquo;amour qui vient vers moi. Mais je ne peux plus r\u00e9pondre.&nbsp;En fait, c\u2019est un peu comme j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 dans ma vie de vivant.<\/em><\/p>\n<p><em>Dans cette nouvelle vie de mort, je n&rsquo;ai plus peur de recevoir cette tendresse. Avant, j&rsquo;\u00e9tais trop souvent apeur\u00e9 de me laisser percer. D&rsquo;ouvrir la porte \u00e0 l&rsquo;amiti\u00e9 des autres. \u00c0 l\u2019amour vrai. Et sinc\u00e8re.&nbsp;<\/em><\/p>\n<p><em>Les gens circulent. Il y a des pleurs, beaucoup de pleurs. Il y a aussi des sourires qui proviennent de leurs souvenirs avec moi. Finalement, il n\u2019y a pas que de la tristesse.<\/em><\/p>\n<p><em>Je n&rsquo;ai toujours pas vu \u00c9lizabeth. Elle ne doit pas savoir que je suis d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas sur la liste des invit\u00e9s. J&rsquo;aurais d\u00fb m\u2019appliquer \u00e0 faire cette liste d&rsquo;invitation, m\u00eame si tout le monde riait jaune \u00e0 me voir planifier ma mort.&nbsp;<\/em><\/p>\n<p><em>Le soir est arriv\u00e9 dehors. Il fait chaud. \u00c0 travers la fen\u00eatre entrouverte, on entend le jacassement des grillons. <\/em><\/p>\n<p><em>La salle s&rsquo;est soudainement remplie. Je sens les vibrations du grondement des conversations. \u00c7a y est, la finale approche avant qu&rsquo;on ne m&rsquo;enferme dans ma bo\u00eete en bois. Qui deviendra mon tunnel noir et tranquille. Mes derniers contacts humains se passent en temps r\u00e9el sous mes yeux, avec mes \u00e9motions encore pr\u00e9sentes avec tout mon monde. Je suis toujours l\u00e0!<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Il y a encore trop de monde. Trop pr\u00e8s de moi. J&rsquo;ai chaud. Mon corps est \u00e0 39,8 \u00b0C. Je grelotte si fort que mes membres deviennent endoloris. Je dois me d\u00e9couvrir et me d\u00e9shabiller. Mais alors j&rsquo;ai si froid.<\/p>\n<p>Je fais beaucoup de fi\u00e8vre. Je d\u00e9lire. Dans mon lit mouill\u00e9 de sueur. J&#8217;emmagasine de la chaleur pour une mort \u00e9ventuelle. Mes \u00e9motions resteront un peu plus longtemps pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>Dans mon tunnel noir, je me retrouve isol\u00e9 dans la maladie. Je me sens seul et je doute de moi. De ce que je vaux. Je ne suis plus rien. La distance entre les autres et moi s&rsquo;agrandit. Je n&rsquo;ose pas exprimer tout ce qui me passe par l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas si longtemps, je n&rsquo;aimais pas avoir l&rsquo;attention des autres parce que \u00e7a me donne chaud. Aussi, j&rsquo;ai un tel besoin d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 en \u00e9tant incapable de me laisser aimer. Une dualit\u00e9 stressante.<\/p>\n<p>Ces stress auront \u00e9t\u00e9 de loin le plus important facteur de risque de ma condition cardiaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Finalement, une radiographie a confirm\u00e9 que je n\u2019avais pas de pneumonie. La fi\u00e8vre est partie au cinqui\u00e8me jour.<\/p>\n<p>Je suis parti en paix pour les Antilles. Sur le voilier de mes amis Daniel et Claudine.<\/p>\n<p>Le soleil me r\u00e9chauffe le visage. La lumi\u00e8re est \u00e9blouissante. Je comprends un peu plus pourquoi j\u2019aime tant les pays o\u00f9 il fait tr\u00e8s chaud. Au milieu de l\u2019oc\u00e9an o\u00f9 peu de gens me font vivre des \u00e9motions. Ou dans le fond de la mer o\u00f9 je suis isol\u00e9 des sons des autres plongeurs. O\u00f9 la pression de l\u2019eau me fait un immense c\u00e2lin. O\u00f9 je ne fais qu\u2019un avec l\u2019immensit\u00e9 de ce monde.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lheureuxbenoit.com\/la-maladie-est-un-long-tunnel-turbulent\/voilierplage\/#main\" rel=\"attachment wp-att-276\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-276 aligncenter\" src=\"http:\/\/lheureuxbenoit.com\/wp-content\/uploads\/VoilierPlage.jpg\" alt=\"Voilier et plage\" width=\"797\" height=\"598\"\/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Le voilier en mouillage devant une plage \u00e0 la baie Friar, \u00e0 Saint-Martin.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Hier, j\u2019ai quitt\u00e9 mon tunnel noir o\u00f9 il y a trop de turbulences.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, j\u2019apprivoise mes \u00e9motions. Je veux ressentir l\u2019amour des \u00eatres que j\u2019aime.<\/p>\n<p>Demain je vais vivre. Je vais aimer et me laisser aimer.<\/p>\n<p>Je vais parler d\u2019amour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Beno\u00eet L\u2019Heureux<\/p>\n<p>Avril 2015<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Finalement, je suis mort. Je ne me souviens pas comment. Est-ce par un infarctus? Est-ce une complication de la pneumonie? Est-ce un suicide? 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